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Suppression d’un fonds d’aide aux militaires jurassiens

Col Charles Juillard 1

Lors de sa séance du 8 décembre 2004, le Parlement jurassien a décidé à une très large majorité de supprimer divers fonds inscrits au bilan de la République et canton du Jura. Parmi ceux-ci figurait un Fonds d’aide aux militaires jurassiens destiné à soutenir les Jurassiens qui pouvaient se trouver dans la gêne suite à l’accomplissement de leurs obligations militaires. A noter que cette aide était destinée aussi aux personnes effectuant du service dans la protection civile.

Ce Fonds était issu du partage définitif des biens d’avec le Canton de Berne en 1984. Il s’élevait au 31 décembre 2003 à environ 108000 francs. Il n’a pas été possible d’établir avec certitude la provenance de l’argent ayant permis de le constituer, mais il est probable qu’il y ait eu apport d’argent privé et public.

Le principal argument avancé par le ministre Claude Hêche, chef du Département de la Santé, des Affaires sociales et de la Police, en charge des Affaires militaires cantonales, a consisté à dire que ce Fonds n’a jamais été utilisé depuis sa création; il est donc inutile de le maintenir puisqu’il ne sert à rien… Je regrette aussi que le ministre Claude Hêche ait laissé entendre que In Memoriam ne soit qu’une association d’anciens combattants, alors qu’il sait que ses activités sont tout autres et s’inscrivent parfaitement dans le sens et l’esprit des buts poursuivis par le Fonds dissous.

L’arrêté voté en 1978 par l’Assemblée constituante mandatait le Gouvernement pour créer les structures et le règlement nécessaires à l’utilisation de ce Fonds. Force est de constater que cela n’a jamais été fait, même à l’époque difficile des récessions successives vécues depuis la création de notre République, au cours desquelles nombreux furent les citoyens soldats jurassiens à être confrontés au chômage ou à d’autres difficultés financières.

Plusieurs commandants de feu le régiment d’infanterie 9 affirment n’avoir pas connu l’existence de ce fonds. Pas étonnant que celui-ci n’ait jamais été sollicité! Ceci contredit clairement aussi les propos tenus à la tribune du Parlement par le Ministre qui a prétendu qu’à chaque entrée en service, les militaires sont largement informés des possibilités qui leur sont offertes d’obtenir de l’aide s’ils en ont besoin: l’information n’était pas complète puisque personne ne connaissait l’existence de ce Fonds.

Bref, ce Fonds est venu se perdre dans l’abîme du découvert de l’Etat. En démocratie, la majorité l’emporte toujours, même si elle n’a pas toujours raison…

Le débat au Parlement a toutefois réservé une petite surprise. En effet, la députée socialiste qui rapportait pour la Commission et le Ministre socialiste en charge du dossier ont dit et répété que le filet social actuel était largement suffisant pour régler à satisfaction les cas pouvant émarger à ce genre de fonds! Nous ne manquerons pas de nous en souvenir et de le rappeler à l’occasion.

Cet épisode démocratique doit aussi nous faire tirer des enseignements, notamment en ce qui concerne le Fonds de secours de feu le régiment d’infanterie 9. Pour avoir contribué personnellement - certes modestement - à sa constitution, je ne voudrais pas qu’il subisse le même sort que le Fonds relaté plus haut. Je demande donc instamment que la gestion du Fonds de secours du régiment d’infanterie 9 soit confiée à une instance indépendante d’une administration publique, afin que l’argent qu’il contient continue à aider des militaires jurassiens. Même si les troupes cantonales ont disparu avec l’Armée XXI, il y a en effet encore des citoyens soldats jurassiens qui pourraient, à l’occasion, avoir besoin d’un tel coup de pouce.

J’exhorte la SCJO à y veiller avec grande attention.

C.J.

1. Chef EM cant li ter JU, député.



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