13 jan 2010 |
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EMBARGO : 30.12.2009, 17.00h
Le patriotisme suisse Discours de la Secrétaire d'Etat Franz Blankart, prononcé à l'occasion de la commémoration de la Restauration de la République, Genève, le 30 décembre 2009 La Société militaire du Canton de Genève m'a fait l'honneur d'inviter le Suisse alémanique que je suis à prononcer le discours de la Restauration. Je la remercie sincèrement.
Nous commémorons aujourd'hui pour la 196ème fois la Restauration de la République de Genève, le 31 décembre 1813, donc la fin du régime impérial après l'annexion de la République par la France en 1798. Cet événement a ensuite rendu possible, en 1815, la signature de l'acte d'union de Genève à la Confédération des vingt-deux cantons. C'est donc une fête patriotique.
Y a-t-il aujourd'hui encore de la place pour un événement patriotique? Le patriotisme est une notion lourde de signification. Créée à la fin du 18ème siècle, elle a signifié d'abord et surtout l'attachement à l'idée d'un Etat démocratique, bourgeois et libéral. A l'origine le patriotisme n'était donc pas un sentiment, mais un programme politique postrévolutionnaire. Plus tard et dans d'autres pays, le patriotisme a été aliéné, car lié à un nationalisme de pire espèce de sorte que certains hésitent aujourd'hui à se déclarer patriote. Le patriotisme suisse a une autre dimension, une dimension volontariste. Je suis toujours étonné que notre pays ne soit jamais tombé en morceaux. Quatre langues, au moins cinq religions, une multitude de mentalités, de caractères et d'objectifs - comment un pays pareil a-t-il pu survivre? Et bien: notre patriotisme consiste en la volonté de vivre ensemble, de vivre ensemble notre système politique et social. Il s'agit d'un patriotisme constitutionnel. Ce système constitutionnel a connu ses crises. Il est né d'une guerre civile, il a vécu la grève générale, des combats idéologiques, et j'en passe. Il est vrai aussi que nous avons vécu, ces dernières années, des désillusions et d'humiliations: échec de l'Espace économique européen, échec du conflit sur les fonds en déshérence, échec de Swissair, échec de l'UBS, échec du secret bancaire, échec de nos négociations avec la Libye. Il s'ensuit que des doutes apparaissent dans nos esprits: Notre système gouvernemental est-il encore apte à affronter les défis internationaux et financiers d'aujourd'hui? Disposons-nous d'un Gouvernement ayant la capacité de diriger le pays? Les dissonances publiques parmi les membres du Conseil fédéral, sa dépendance de la presse, sa difficulté de parler d'une seule voix, le populisme - tout cela et d'autres facteurs ont affaibli la confiance de la citoyenne et du citoyen à l'égard de leur Gouvernement. A quoi s'ajoute que nous nous connaissons mal, ne serait-ce que pour des raisons linguistiques. « Les Suisses s'entendent bien parce qu'ils ne se comprennent pas. » Nous avons un système politique parfait pour le beau temps et les équilibres financiers. Mais dès qu'apparaissent des problèmes internationaux et des déficits, il n'est plus optimal. Il y a trop de tactique partisane et pas assez de substance. Personne n'a le temps de réfléchir. Personne n'est habilité à formuler et à imposer des priorités, donc personne n'est tenu responsable de ses actes. Quelles solutions? Il ne faut certainement pas augmenter le nombre des Conseillers fédéraux. Il n'a jamais été proposé d'élire sept Présidents des Etats Unis parce qu'un seul aurait trop à faire. Si l'on veut décharcher le Conseil fédéral, il faut plutôt réduire le nombre de ses membres. Je pourrais fort bien m'imaginer un Gouvernement de seulement cinq Conseillers fédéraux. Ce qui importe est qu'ils puissent et qu'ils veuillent se concentrer sur la stratégie et qu'ils puissent et qu'ils veuillent déléguer les affaires opérationnelles à un groupe de Ministres ou de Secrétaires d'Etat subordonnés et politiquement habilités à prendre des décisions. C'est ce qu'avait d'ailleurs déjà proposé le Conseiller aux Etats Gilles Petitpierre avec son collègue René Rinow il y a vingt ans. Le patriotisme exige que nous soyons concernés par le bon fonctionnement de l'Etat. Je ne pense pas que nous puissions continuer ainsi, en encaissant régulièrement des échecs lesquels nous oublions trois semaines après. Être concerné est le contraire de l'indifférence; être concerné présuppose la sympathie et le souci. Voici le côté civique du patriotisme. Faisons usage de l'unique chance de notre démocratie directe, cela en respectant néanmoins scrupuleusement le droit international public et notamment les droits de l'homme qui sont superposés au régime juridique interne. C'est ainsi que nous sommes appelés à analyser notre système politique. La démocratie directe a le grand avantage de canaliser la révolution permanente dans des voies démocratiques et constitutionnelles. Voici la tâche et les méthodes d'un patriotisme civique et constructif. Mais le patriotisme implique aussi la conscience de ses propres racines. Ceci est son côté historique. Il ne faut pas être Genevois pour avoir des racines à Genève - il ne faut pas être de nationalité suisse pour avoir ses racines en Suisse. C'est par cette dimension internationale que le patriotisme dépasse de loin le nationalisme. Le patriotisme est une attitude ouverte sur le monde; il doit être cosmopolite, ne serait-ce que pour des raisons économiques: un franc sur deux est gagné à l'étranger. Un patriote doit avoir des racines locales pour être cosmopolite. C'est ainsi que les frontières ne sont plus constitutives d'une Nation. Constitutif d'une Nation est l'encrage de la population dans son histoire collective et individuelle. C'est dans ma responsabilité civique et dans mon encrage local, c'est dans ma conscience historique que je me sens patriote et cosmopolite en même temps. Je me félicite de l'enrichissement moral, intellectuel, économique et artistique dont Genève a fait cadeau aux vingt-deux cantons en s'unissant à eux. Nous autres Confédérés disons à Genève un grand merci pour avoir pris la décision, il y a bientôt 200 ans, de se joindre à la Suisse. Vive Genève, vive la Suisse ! |