Le Pont de la
Rivière Kwai
Vous avez peut-être
lu le roman de Pierre Boulle immortalisé
par le film de David Lean en 1957. Voici
quelques informations sur l'histoire
de cet ouvrage d'art et surtout la ligne
ferroviaire surnommée The Death
Railway.

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Situation géographique
Nous nous trouvons en Thaïlande,
à la frontière de la Birmanie,
à environ 130 km à
l'ouest de Bangkok dans la province
de Kanchanaburi.

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Une plaine s'étend
de Bangkok à Kanchanaburi. C'est
ensuite une région montagneuse
qui fait frontière avec la Birmanie
(Myanmar). Le climat de la région
est tropical et la jungle recouvre les
montagnes. Aucune liaison ferroviaire
n'existe entre ces deux pays avant la
seconde guerre mondiale. L'idée
de construire un chemin de fer reliant
la Birmanie à la Chine en passant
par la Thaïlande avait germé
dans les esprits des Autorités
coloniales britanniques en Birmanie
dans les années 1880. Le projet
fut vite abandonné en raison
de la topographie de cette région.
Situation historique en
1942
Les Japonais occupent tout
le sud-est asiatique. Le but du Japon
est de bouter les puissances coloniales
occidentales hors d'Asie et constituer
ainsi un vaste empire sous sa domination.
Le front se situe en Birmanie et les
Japonais poussent en direction de l'ouest
pour envahir l'Inde, alors colonie britannique.
Les Japonais connaissent d'importants
problèmes de ravitaillement dans
la jungle birmane. La manière
la plus simple est la voie maritime
à destination de Rangoon, capitale
de la Birmanie. La marine japonaise
peine à assumer sa mission de
ravitaillement en hommes et en matériel
car elle n'a plus assez de navires de
guerre pour escorter ses convois après
la bataille de Midway. Elle essaie également
de maintenir sa suprématie navale
au large de ses nouvelles conquêtes
et ainsi les protéger. La distance
pour accéder au port de Bangkok
est plus courte que celle menant à
Rangoon qui implique le contournement
de la presqu'île malaise.
C'est pour ces raisons logistiques
que l'état-major japonais décide
de ravitailler son front birman par
voie terrestre en reliant le réseau
ferré thaïlandais au réseau
birman. Une voie ferrée entre
Bangkok et Rangoon.
Ceci implique la construction
d'une ligne longue de 415 km dans une
région tropicale montagneuse
couverte de jungle. De nombreux ouvrages
d'art sont nécessaires. Les ingénieurs
japonais qui avaient déjà
pensé à une telle réalisation
en 1939 ressortent leurs plans. Les
travaux débutent en septembre
1942 de part et d'autre de la frontière.
Les Japonais ont besoin de main d'oeuvre
pour construire ce chemin de fer. Pour
ce faire, ils déportent des habitants
des pays occupés (Thaïlande,
Birmanie, Indonésie, Malaisie)
comme travailleurs forcés. Leur
nombre est estimé à 240'000.
Ils décident d'employer aussi
leurs prisonniers de guerre capturés
consécutivement à la chute
de Singapour et des Indes Néerlandaises.
Ce sont plus de 60'000 prisonniers de
guerre britanniques, hollandais, australiens,
indiens et américains qui sont
envoyés souvent à pied
dans des conditions climatiques et sanitaires
épouvantables en direction du
chantier gigantesque.
Les conditions de vie
Les prisonniers et les travailleurs
asiatiques sont forcés de travailler
jusqu'à seize heures par jour.
L'environnement est difficile. La jungle
est habitée d'animaux dangereux
(serpents, fauves, insectes, etc.).
La malnutrition, les conditions d'hygiène
inexistantes, l'absence de soins médicaux
et le climat contribuent à développer
des maladies telles que la dysentrie,
la malaria, le beri-beri ou le choléra.
Les rations journalières de riz
et d'eau suffisent à peine à
maintenir en vie des hommes sans activité
physique !
Les hommes sont logés
dans des abris construits par eux-mêmes
en bambous. Ils s'entassent sur des
bas-flancs et ne sont presque pas protégés
des intempéries tropicales fréquentes.
La brutalité des soldats
japonais s'ajoute au tout. Les militaires
chargés de la garde des prisonniers
sont ceux qui ne sont pas capables d'être
de bons soldats au front. C'est en fait
le rebut de l'armée qui est affecté
à ces missions, du soldat à
l'officier. Les soldats coréens,
considérés comme peu sûrs,
sont nombreux. Les conditions de vie
de ces soldats ne sont guère
plus enviables que celles des prisonniers
ou des travailleurs forcés. Dans
un pays où l'honneur occupe une
place prédominante dans la société,
le fait d'être assigné
à ces tâches est dégradant.
La frustration et la rancoeur de ces
hommes amènent des actes barbares
et inhumains à l'encontre des
prisonniers qui sont sous leur garde.
Les soldats japonais ont l'autorité
d'infliger n'importe quelle punition
pour n'importe quelle faute, de manière
arbitraire. Des peines corporelles d'un
sadisme incroyable sont infligées
pour des pécadilles.
Les travaux
Les travaux commencent à
fin septembre 1942, en Thaïlande
et en Birmanie. Les ouvrages d'art sont
fréquents en raison de la topographie.
Des pans de montagne sont abattus "à
la main". Aucune machine de chantier
n'est utilisée. Les prisonniers
construisent des kilomètres de
voies à flanc de coteau sur des
ponts en bois. Sur les 415 km du tracé,
314 se situent en Thaïlande et
111 en Birmanie. La jonction se fait
au col des Trois Pagodes. La mise en
service de la ligne débute le
25 octobre 1943. Une année a
été nécessaire
à la réalisation de ces
travaux.
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Bilan humain
Prisonniers
de guerre et travailleurs
forcé |
Morts |
Travailleurs
forcés asiatiques |
Env.
240'000 |
Env.
100'000 |
Prisonniers
de guerre britanniques |
30'000 |
6'540 |
Prisonniers
de guerre hollandais |
18'000 |
2'830 |
Prisonniers
de guerre australiens |
13'000 |
2'710 |
Prisonniers
de guerre américains |
700 |
356 |
Total |
Env.
301'700 |
Env.
113'000 |
Sur les 15'000 soldats japonais
et coréens, 1'000 ont péri.
En comptant uniquement les
victimes prisonniers de guerre et travailleurs
forcés, un homme est mort tous
les 3,67 mètres de cette voie
ferrée qui porte bien son nom
de The Death Railway (la voie ferrée
de la mort).
La fin
La voie ferrée a servi
de ligne de ravitaillement à
l'armée japonaise jusqu'à
la fin de la guerre en août 1945.
Elle a subi de fréquentes attaques
de la part de l'aviation américaine.
Ces bombardements ont malheureusement
causé la mort de trop nombreux
prisonniers de guerre affectés
à la maintenance et à
la reconstruction de la ligne. Les Japonais
se servaient des camps de prisonniers
comme boucliers humains à proximité
des sites stratégiques. Le Pont
de la Rivière Kwai, construit
en maçonnerie et non en bois
comme dans le roman et le film, porte
encore les marques des bombardements
anglais et américains de 1945.

A la capitulation japonaise,
les prisonniers de guerre ont été
pris en charge par leur pays respectif.
En raison de la situation politique
de cette partie du globe à cette
époque et des priorités
données par les gouvernements,
certains prisonniers de guerre ont été
rapatrié en 1947 seulement.
Honneur aux morts
Les prisonniers décédés
durant les travaux ont été
enterrés sur place, dans des
cimetières improvisés.
Quelques années après
la fin de la guerre, les corps de ces
victimes ont été exhumés
pour être enterrés dans
deux cimetières militaires. L'un
à Kanchanaburi (Don-Rak War Cemetery)
où 6'982 prisonniers de guerre
reposent et l'autre à Chonk-Kai
à deux kilomètres au sud
de la ville où 1'740 hommes sont
enterrés.
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A voir et à faire
- Le Pont de la Rivière
Kwai à Kanchanaburi.
- Le Don-Rak War Cemetery
à Kanchanaburi. Cimetière
militaire.
- Thai-Burmese Railway Center
à Kanchanaburi (à côté
du cimetière). Musée sur
la construction de la voie ferrée.
- JEATH Museum à Kanchanaburi.
Musée montrant les conditions
de vie des prisonniers de guerre durant
la construction de la voie ferrée.
- Un voyage en train sur la
ligne.
Les photographies sont interdites
dans les musées précités
raison pour laquelle je ne peux pas
vous faire partager mes visites.
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