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La cavalerie 


 
Article de M. Bernard Debétaz tiré de l'édition du jeudi 1er septembre 2005 de Terre & Nature à l'occasion du grand spectacle des 100 ans de la Société vaudoise des dragons, guides et mitrailleurs qui sera donné les 08, 09 et 10 septembre 2005 à l'Institut équestre national à Avenches. Renseignements et billets au 0900 552 333. Site web www.resaplus.ch.
 
 
Encensée souvent, vilipendée parfois, réorganisée à maintes reprises, ayant à assumer des missions pour lesquelles elle n'était pas destinée, cette troupe d'élite, fille des hussards et chasseurs à cheval de l'Ancien Régime, fut abolie en 1972. Grâce au retournement de veste de 50 conseillers nationaux qui, dix semaines auparavant, lui avaient encore manifesté leur soutien.
 
Une réalité
L'esprit dragon ? Plus facile à glisser dans un discours qu'à expliciter ! Pourtant, même s'il a revêtu des formes diverses au cours des ans, ça n'était pas un mythe. Pour la cavalerie, héritière des milices cantonales, la mise en place de l'armée fédérale en 1874, est pourtant un tournant majeur. Initié en 1834 déjà par le général Dufour qui avait imaginé un modèle dont on retrouve les grandes lignes dans l'organisation des troupe en 1850. Celle-ci prévoyait 35 compagnies de dragons, dont 22 d'élite et 8 compagnies de guides, soit 3036 hommes au total. Formés de contingents cantonaux, équipés, instruits et entraînés selon un modèle identique, la cavalerie, à l'instar des autres troupes, dut attendre 1874 pour se fondre dans le moule fédéral. Avec un effectif de 24 escadrons de dragons et 12 compagnies de guides.
 
L'amour du cheval et... du pays
Il ne faut pas se leurrer. D'autres armes, notamment les cyclistes et les troupes de montagne, les mitrailleurs attelés, les carabiniers et les artilleurs, ont cultivé l'esprit de corps. De nombreuses amicales, issues du service actif, en témoignent. S'il n'avaient pas le monopole de l'adhésion du coeur à leur arme, les dragons constituaient cependant un cas à part pour deux raisons majeures. La première, c'était évidemment le cheval, compagnon de tous les jours, à l'armée et à la ferme. La seconde se rapportait à la structure organique de la cavalerie, qui rassemblait essentiellement des paysans. Un corporatisme en quelque sorte. Elitaire, de surcroît, puisque le futur dragon devait être recommandé, avant son recrutement, par le syndic ou le maire. Puis obtenir l'agrément de son futur commandant d'escadron lors d'une visite de la ferme et de la famille.
 
Engagement de tout moment
Être dragon était donc un acte volontaire, contresigné par le père du conscrit, qui, après avoir reçu l'aval des autorités militaires, supposait un certain nombre d'engagements, à commencer par l'achat d'un cheval fédéral. Un "Eidgenoss", comme on disait outre-Sarine, parce que importé et débourré par la Remonte de Berne. Valant quelque 1300 francs dans les années 1930 et plus de 4000  francs en 1972, cette monture était misée à la moitié de son prix réel, étant donné qu'elle devait faire du service durant dix ans. Ce qui signifiait notamment que son détenteur, qui l'utilisait aussi pour les travaux agricoles, devait l'entraîner régulièrement. D'où l'intense activité des sociétés de cavalerie en Suisse, qui organisaient, en particulier dans les sections, des centaines de rencontres chaque année.
 
Particularités et rites
Troupe d'élite, la cavalerie avait ses particularité et ses rites. A commencer par l'uniforme qui, de 1874 à 1916, comprenait un shako (plumet noir pour les dragons et blanc pour les guides), une tunique vert foncé avec col rouge et épaulettes argentées, un pantalon saumur gris fer. Avec son fusil court, remplacé par le mousqueton 31, son sabre accroché au ceinturon, le dragon se distinguait de l'infanterie et de l'artillerie hippomobile. Quant à l'armement collectif, il évolua au fil des époques et des options stratégiques. Selon les besoins, on fit de la cavalerie, qui compta jusqu'à 6000 hommes au début du XXe siècle, une infanterie montée, une troupe d'exploration, une réserve capable de coups de main sur les flancs et les arrières de l'ennemi, une force précieuse en terrain difficile, tel le Jura en hiver. Au gré de la doctrine dominante, on modela structures, rôle et missions des dragons. C'est ainsi que, après avoir été encensés, les escadrons de mitrailleurs, issus de la Première Guerre mondiales, furent discrètement rayés de l'armée en 1937. Que, durant la Seconde Guerre mondiale, on maria chevaux, vélos et moteurs dans trois brigades légères. Qu'au début des années 1960 enfin, on alourdit les régiments de dragons en les dotant de mitrailleuses et de tubes roquettes, ce qui précipita leur fin. En dépit d'une pétition qui rassembla 432 000 signatures en trois semaines !
 
15 jours de plus pour les recrues
Parement jaunes, ceinturon spécial et sable (jusqu'en 1946), grades différents (brigadiers, margis, marchef au lieu de caporal, sergent et sergent-major), peloton au lieu de section, la cavalerie avait ses coquetteries. A commencer par une instruction de base plus longue (dix-neuf semaines au lieu de dix-sept). Des exigences propres aussi: diane avancée, garde d'écurie. Et surtout une règle d'or, le cheval avant l'homme. Ce statut original, qui prenait naissance avant le recrutement, montait en puissance durant l'école de recrues, les cours de répétition ou le relèves du service actif, se prolongeait par des activités hors service. Tout cela façonnait l'esprit dragon. Qui trouvait son prolongement dans la vie citoyenne. Creuset du sport équestre, la cavalerie a longtemps permis une relève politique de qualité dans les communes et les cantons. Relevons par exemple, que la compagnie de 51 (Landwehr), où j'ai eu l'honneur de service, rassemblait, après guerre près de 30 syndics et députés.
 

 

  

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